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 Les arguments (texte long) partie II

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boujemaa
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MessageSujet: Les arguments (texte long) partie II   Sam 10 Mai - 15:51

LE MONSIEUR MAIGRE
Ah ! un peu de patience ! je suis en congé ici. Laissez-moi respirer. À mon retour. Si cela tarde trop pourtant, j'écrirai à mon substitut...
UN LAQUAIS, entrant.
Madame est servie.
Comédie à propos d'une tragédie - 1829
*– Aux voix ! dit un conseiller ; le crime est patent, et il est tard.
On alla aux voix sans quitter la salle. Les juges opinèrent du bonnet, ils étaient pressés.
Notre-Dame de Paris - 1831
*John Brown, sur un lit de sangle, avec six blessures mal fermées, un coup de feu au bras, un aux reins, deux à la poitrine, deux à la tête, entendant à peine, saignant à travers son matelas, les ombres de ses deux fils morts près de lui ; ses quatre coaccusés, blessés, se traînant à ses côtés, Stephens avec quatre coups de sabre ; la "justice" pressée et passant outre ; un attorney Hunter qui veut aller vite, un juge Parker qui y consent, les débats tronqués, presque tous délais refusés, production de pièces fausses ou mutilées, les témoins à décharge écartés, la défense entravée, deux canons chargés à mitraille dans la cour du tribunal, ordre aux geôliers de fusiller les accusés si l’on tente de les enlever, quarante minutes de délibération, trois condamnations à mort. J’affirme sur l’honneur que cela ne s’est point passé en Turquie, mais en Amérique.
John Brown - 1859




La peine de mort est-elle humaine ? (III)

Que subit le condamné ?
*Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : condamné à mort !
Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu'on m'adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m'obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d'un couteau.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
*Et puis, ce que j'écrirai ainsi ne sera peut-être pas inutile. Ce journal de mes souffrances, heure par heure, minute par minute, supplice par supplice, si j'ai la force de le mener jusqu'au moment où il me sera physiquement impossible de continuer, cette histoire, nécessairement inachevée, mais aussi complète que possible, de mes sensations, ne portera-t-elle point avec elle un grand et profond enseignement ? N'y aura-t-il pas dans ce procès-verbal de la pensée agonisante, dans cette progression toujours croissante de douleurs, dans cette espèce d'autopsie intellectuelle d'un condamné, plus d'une leçon pour ceux qui condamnent ?
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
*Ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d'un couteau triangulaire, et pensent sans doute que pour le condamné il n'y a rien avant, rien après.
Ces feuilles les détromperont. Publiées peut-être un jour, elles arrêteront quelques moments leur esprit sur les souffrances de l'esprit ; car ce sont celles-là qu'ils ne soupçonnent pas. Ils sont triomphants de pouvoir tuer sans presque faire souffrir le corps. Hé ! c'est bien de cela qu'il s'agit ! Qu'est-ce que la douleur physique près de la douleur morale !
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
*Il est une heure et quart.
Voici ce que j'éprouve maintenant :
Une violente douleur de tête. Les reins froids, le front brûlant. Chaque fois que je me lève ou que je me penche, il me semble qu'il y a un liquide qui flotte dans mon cerveau, et qui fait battre ma cervelle contre les parois du crâne.
J'ai des tressaillements convulsifs, et de temps en temps la plume tombe de mes mains comme par une secousse galvanique.
Les yeux me cuisent comme si j'étais dans la fumée.
J'ai mal dans les coudes.
Encore deux heures et quarante-cinq minutes, et je serai guéri.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
*Ils disent que ce n'est rien, qu'on ne souffre pas, que c'est une fin douce, que la mort de cette façon est bien simplifiée.
Eh ! qu'est-ce donc que cette agonie de six semaines et ce râle de tout un jour ? Qu'est-ce que les angoisses de cette journée irréparable, qui s'écoule si lentement et si vite ? Qu'est-ce que cette échelle de tortures qui aboutit à l'échafaud ?
Apparemment ce n'est pas là souffrir.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
*Plus de chance maintenant ! Mon pourvoi sera rejeté, parce que tout est en règle ; les témoins ont bien témoigné, les plaideurs ont bien plaidé, les juges ont bien jugé. Je n'y compte pas, à moins que... Non, folie ! plus d'espérance ! Le pourvoi, c'est une corde qui vous tient suspendu au-dessus de l'abîme, et qu'on entend craquer à chaque instant, jusqu'à ce qu'elle se casse. C'est comme si le couteau de la guillotine mettait six semaines à tomber.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
*Vous voulez que lentement, jour par jour, heure par heure, à petit feu, cette âme, cette intelligence, cette activité, — cette ambition, soit ! — ensevelie toute vivante, toute vivante, je le répète, à quatre mille lieues de la patrie, sous ce soleil étouffant, sous l’horrible pression de cette prison-sépulcre, se torde, se creuse, se dévore, désespère, demande grâce, appelle la France, implore l’air, la vie, la liberté, et agonise et expire misérablement ! Ah ! c’est monstrueux ! (Profonde sensation. ) Ah ! je proteste d’avance au nom de l’humanité ! Ah ! vous êtes sans pitié et sans coeur ! Ce que vous appelez une expiation, je l’appelle un martyre ; et ce que vous appelez une justice, je l’appelle un assassinat ! (Acclamations à gauche. )
La Déportation - 1850
*Ainsi, à ce moment où nous sommes, il y a, au milieu de vous, au milieu de nous, habitants de cet archipel, un homme qui, dans cet avenir plein d’heures obscures pour tous les autres hommes, voit distinctement sa dernière heure ; en cet instant, dans cette minute où nous respirons librement, où nous allons et venons, où nous parlons et sourions, il y a, à quelques pas de nous, et le coeur se serre en y songeant, il y a dans une geôle, sur un grabat de prison, un homme, un misérable homme frissonnant, qui vit l’oeil fixé sur un jour de ce mois, sur le 27 janvier, spectre qui grandit et qui approche. Le 27 janvier, masqué pour nous tous comme tous les autres jours qui nous attendent, ne montre qu’à cet homme son visage, la face sinistre de la mort.
Aux habitants de Guernesey - 1854



La question religieuse

Sur quels textes bibliques s'appuie Hugo ?
*Rappelez-leur que c’est une loi de mansuétude que le Christ est venu apporter au monde, et non une loi de cruauté; dites-leur que le jour où l’Homme-Dieu a subi la peine de mort, il l’a abolie ; car il a montré que la folle justice humaine pouvait frapper plus qu’une tête innocente, qu’elle pouvait frapper une tête divine!
La déportation - 1850
*Je ne comprends pas les objections bibliques contre ce grand progrès en présence du texte descendu du Sinaï : tu ne tueras point. Pas d'exception à ceci dit, et de si haut ; tout est dit ; dans ce texte il y a la fin de la guerre comme la fin de l'échafaud. Dieu s'étant réservé la naissance, se réserve aussi la mort. Tout gibet blasphème. Voilà, monsieur, du moins pour moi, et avec une irrésistible évidence, le point de vue religieux, qui, dans cette grande question humanitaire et divine, s'identifie avec le point de vue démocratique.
Au Révérend Pearce - 1854
*Quand donc la justice humaine prendra-t-elle mesure sur la justice divine ? quand donc ceux qui lisent la Bible comprendront-ils la vie sauve de Caïn ? quand donc ceux qui lisent l’Évangile comprendront-ils le gibet du Christ ?
Genève et la peine de mort - 1862
*Au-dessus de tous les codes monarchiques d’où tombent des gouttes de sang, ouvrez la loi de lumière, et, au milieu de la plus sainte page du livre suprême, qu’on voie le doigt de la République posé sur cet ordre de Dieu : Tu ne tueras point.
L'empereur Maximilien : À Juarez, 1867


Quels sont les autres arguments d'ordre religieux ?
*Autre chose encore. L'âme de cet homme, y songez-vous ? Savez-vous dans quel état elle se trouve ? Osez-vous bien l'expédier si lestement ? Autrefois du moins, quelque foi circulait dans le peuple ; au moment suprême, le souffle religieux qui était dans l'air pouvait amollir le plus endurci ; un patient était en même temps un pénitent ; la religion lui ouvrait un monde au moment où la société lui en fermait un autre ; toute âme avait conscience de Dieu ; l'échafaud n'était qu'une frontière du ciel. Mais quelle espérance mettez-vous sur l'échafaud maintenant que la grosse foule ne croit plus ?
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832
*Vous écrivez en tête du préambule de votre constitution "En présence de Dieu", et vous commenceriez par lui dérober, à ce Dieu, ce droit qui n’appartient qu’à lui, le droit de vie et de mort.
Assemblée constituante - 1848
*Si Dieu seul a le droit de retirer ce que Dieu seul a eu le pouvoir de donner, (...) insulaires de Guernesey, ne tuez pas cet homme !
Affaire Tapner : Aux habitants de Guernesey - 1854
*Redeviendrez-vous païens le 27 janvier 1854 pendant deux heures ? païens pour tuer un homme ! païens pour perdre une âme ! païens pour mutiler la destinée du criminel en lui retranchant le temps du repentir ! Ferez-vous cela ? Serait-ce là le progrès ? Où en sont les hommes si le sacrifice humain est encore possible ? Adore-t-on encore à Guernesey l’idole, la vieille idole du passé, qui tue en face de Dieu qui crée ?
Aux habitants de Guernesey - 1854.
*De quel droit constituez-vous Dieu juge avant son heure ? quelle qualité avez-vous pour le saisir ? est-ce que cette justice-là est un des degrés de la vôtre ? est-ce qu’il y a plain-pied de votre barre à celle-là ? De deux choses l’une : ou vous êtes croyant, ou vous ne l’êtes pas. Si vous êtes croyant, comment osez-vous jeter une immortalité à l’éternité ? Si vous ne l’êtes pas, comment osez-vous jeter un être au néant ?
Genève et la peine de mort - 1862
*La mort n'appartient qu'à Dieu. De quel droit les hommes touchent-ils à cette chose inconnue ?
Les Misérables, I Fantine - Un juste, 4 - 1862


Pour comprendre les allusions à Caïn
Yahvé dit à Caïn : "Où est ton frère Abel ?"
Il répondit : "Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ?"
Yahvé reprit : "Qu'as-tu fait ? Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol. Maintenant sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit : tu seras un errant parcourant la terre.
Alors Caïn dit à Yahvé : "Ma peine est trop lourde à porter. Vois ! Tu me bannis aujourd'hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais le premier venu me tuera !"
Yahvé lui répondit : "Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois."
Et Yahvé mit un signe sur Caïn pour que le premier venu ne le frappât point.
Caïn se retira de la présence de Yahvé et séjourna au pays de Nod, à l'orient d'Eden.
Genèse, 4 - Caïn et Abel
Trad: la "Bible de Jérusalem"
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